De l’odieux au glorieux !

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Comment pouvons-nous « glorifier », vénérer l’instrument de supplice sur lequel a été mis à mort l’auteur de la vie ? Comment pouvons-nous vénérer la croix, que les évangiles reconnaissent comme instrument de torture et gibet d’infamie, sans ériger un autel à la louange de la souffrance et de la honte ? Quel regard porter sur la croix célébrée en ce dimanche ?

La croix instrument de supplice qui s’élève, expose les chefs d’accusation qui y ont conduit Jésus. Elle s’élève en apportant au jour la fausseté et la ténèbre de ces chefs d’accusation, notre opacité et nos péchés. Elle élève Celui qui y a été cloué : Jésus, la Lumière et la vérité. Elle expose l’acte qui a ordonné sa mort. En cela, elle expose, pour aujourd’hui, notre participation, active ou passive, personnelle ou collective, à ce qui tue la vie, enténèbre le monde et nos vies.

Dans le désert, le serpent de bronze fut dressé par Moïse. Et tous ceux qui le regardaient étaient guéris des morsures venimeuses reçues des serpents qui infestaient la région. De même, Jésus élevé sur la croix est le salut en tant que don de Dieu vers qui il faut tendre nos regards, toute notre personne et notre vie pour être guéris, libérés et affranchis de toutes ces choses qui empoisonnent et enveniment notre vie, la société, nos communautés et notre Église. De l’instrument odieux qui donnait la mort, en et par Jésus, la croix est devenue l’instrument par lequel Jésus nous affranchit du péché et de la mort : « II a plu à Dieu de faire habiter-en Jésus Christ- toute la plénitude et de tout réconcilier par lui et pour lui, sur la terre et dans les cieux, ayant établi la paix par le sang de sa croix » (Col 1,20; cf. 2,13-15) ». Le Christ a vaincu le péché et la mort ; la fausseté et la ténèbre au péril de sa vie, et il a triomphé avec gloire. Car « à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire » (Pierre Corneille). Sa lumière divine a habité sa Croix et par conséquent toutes nos croix. Convaincu de l’actualité d’une telle réalité St Paul dit :  » pour moi, n’y a pas d’autre titre de gloire que la croix de notre Seigneur Jésus Christ » (Ga 6.14). Car, la croix dévoile l’amour de Dieu, le don de Dieu, son pardon qui ne tarira jamais plus. En Jésus livré pour nous, la croix révèle que Dieu ne vient pas juger et condamner le monde. Il vient lui pardonner et lui redonner tout son amour. En cela, elle devient pour les croyants, source de vie. Pour ceux qui croient en Dieu, Jésus en croix a pouvoir de les faire vivre. Telle est la gloire de la croix.

En arriver à cette certitude, exige de poser sur la croix le regard de la foi. Ce regard nous découvre la croix comme signe de la Victoire du Christ sur la mort et le péché ; ce qu’elle expose en accusation : le péché des contemporains de Jésus ; celui du monde actuel et le mien. Mais bien plus, il nous donne de voir la lumière faite par Jésus sur Dieu et nous révèle le « parti pris » de Dieu : Dieu est du côté de la vérité et de la lumière. La croix révèle qui est Dieu : celui qui veut que le monde, les hommes vivent en plénitude, « soient sauvés« . Nous sommes invités ce dimanche à quitter un instant soit peu le bois de la croix, en référence à la résurrection de Jésus,  pour accueillir le mystère de l’amour de Dieu.

Père François-Xavier Eloundou M. Id