« Que pensez-vous de ceci ? » Mt 21, 28

Que pensez-vous de ces deux fils : l’un professionnel de la religion et prétendu maître en vertu, qui, du haut de son espèce de suffisance ne s’est pas remis en question à l’invitation de son père ? Que pensez-vous de cet autre fils, pécheur publique, qui avait commencé par refuser l’invitation du père et qui, après hésitations, remords et remise en question, en est venu à donner la réponse attendue d’un fils ?

La question de Jésus dans l’évangile est une invitation à regarder le comportement des deux fils. Le premier fils, qui avait posé un refus catégorique à l’invitation de son père, après un temps de réflexion personnel, a changé d’avis. De sa réflexion, de sa remise en question est NÉ quelque chose, un élan par lequel le “non” s’est mué en “oui”. Il a pris conscience de l’attitude “filiale” qu’il devait avoir dans sa relation à son père. Chez le second fils, ce temps de réflexion est absent. Et son rapport à son père reste servile, il appelle son père “Seigneur”. Sa docilité apparente sous fond d’hypocrisie est stérile, elle le laisse de marbre sans mouvement. La question que nous pose l’Evangile ce dimanche exige, après réflexion, de savoir présenter à Jésus, à la lumière de l’attitude des deux fils, ce que je découvre en moi. Etait-ce ma manière d’accueillir la Parole du Père ? Etait-ce ma disposition à accepter le renversement et la transformation que sa Parole paternelle suscitent en moi ? A Jésus qui a su être Fils en tout et jusqu’au bout, j’ai l’occasion ce dimanche de présenter les lieux de ma vie qui oscillent et  résistent à l’invitation permanente de mon Père : « Mon enfant, va travailler aujourd’hui à ma vigne ».

Oui ! Frères et sœurs, nous sommes tour à tour l’un et l’autre fils. Comme le premier fils qui a dit non, il nous est arrivé et nous arrive encore d’être dans le refus par rapport à Dieu notre Père, par rapport à la foi et à l’Evangile. Et comme lui, nous sommes capables de repentir, de changer d’attitude. Dieu, dans son Amour paternel ne nous enferme jamais définitivement dans nos refus. Moins encore, il ne nous colle pas une étiquette estampillée “mauvais fils ”. « Amen, je vous le déclare : les publicains et les prostituées vous précèdent dans le royaume de Dieu ».

Le Père signe par cette déclaration l’espérance qu’il repose en nous. Et il nous présente les pécheurs publics -les publicains et les prostituées- comme étant le modèle de ceux qui ont cru en la Parole du Père qui leur annonçait le pardon de leurs actes délictueux et qui en appelait à une vie nouvelle. Comme le second fils, parfois je dis “oui” mais je fais “non”. L’évangile nous demande de savoir rectifier ces fausses paroles. Comme il nous arrive de corriger une action précipitée, un jugement téméraire, une évaluation fausse, Jésus aujourd’hui demande de savoir mettre l’humilité là où l’orgueil et la vanité nous ferment les yeux et les oreilles. La foi ouvre les yeux et les oreilles, c’est le propre du croyant. Pour tous nos “oui” sans correspondance avec nos actes, pour tous nos refus sans la mesure de la grâce de conseil, demandons la force du Père pour savoir nous mettre en mouvement à chacune de ses invitations.

Père François-Xavier Eloundou M. Id